Proverbes 8.15 : 

Par moi les rois règnent, et les princes ordonnent ce qui est juste. Par moi gouvernent les chefs, les grands, tous les juges de la terre.”

Raymond Aron :

“La politique pour arriver au pouvoir et plus encore pour l’exercer, est dans une très large mesure, en mettant les choses au mieux, amorale, et dans un grand nombre de cas, immorale.”

Par ces deux citations, l’une biblique et l’autre profane, nous pouvons nous faire une idée de la complexité du rapport que le chrétien doit toujours entretenir avec la politique : le pouvoir est pour l’homme une tentation par excellence; l’une des trois auxquelles le fils de l’homme fut soumis après son baptême (Mt 4.9); une source de corruption de l’âme dans son exercice selon la citation du sociologue, et potentiellement un lieu d’usurpation de l’autorité de Dieu (Ac 12.22). Mais c’est aussi le premier lieu d’expression de la souveraineté de Dieu sur l’Histoire et de sa Grâce pour tous les hommes (Pr 8.15), l’existence d’un ordre politique enseigne l’homme sur l’existence d’un ordre céleste, et les institutions politiques sont instruments de Dieu pour maintenir ici bas stabilité et justice (Rm 13.6). 

À la fois légitimes et impostrices : tenant leur compétence de la Grâce de Dieu qui leur donne sa sagesse tout en usurpant le règne du seul souverain légitime (Ps 2.2); à la fois sources de la Justice (Rm 13.4) et sources de corruption (Michée 3.9); à la fois serviteurs de Dieu et renversés par lui (Luc 1.52, Esaïe 24.21); condamnées par Dieu bien qu’ à son service !  Les autorités… elles doivent être obéies (Rm 13.1), mais il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (Ac 4.19 et 5.29). Telle est l’obscure complexité du pouvoir politique dans les Écritures et la tension qui doit dominer le chrétien dans son rapport à celui-ci, du moins jusqu’à ce qu’apparaisse celui qui doit venir pour régner.

Ce blog évangélique a pour but d’encourager la réfléxion théologique sur la politique au sens large. De produire des contenus éducatifs et critiques. De suivre l’évolution des idées chrétiennes sur ce sujet. D’observer les évolutions des relations entre l’Église et l’État et de la liberté religieuse.

À l’heure où les questions politiques rejaillissent dans nos églises sous différentes formes, que ce soit dans l’alignement des valeurs et des discours d’un nombre toujours plus croissant d’entre elles sur les valeurs de la société, sous la forme plus rare des tentations théologico-politiques, que ce soit plus simplement par l’influence du climat politique ambiant, ou pour finir par cette ouverture récente du monde évangélique à l’idée d’implication dans la gestion de la cité, nous voulons promouvoir une tradition évangélique (cinq fois séculaire), qui a toujours gardé comme valeur cardinale une distanciation prudente et saine sur ces questions : « Vous n’êtes pas du monde » (Jean 15.19) nous a dit le Seigneur et « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jean 18.36).

Nous ne voulons pas céder aux excitations ou aux angoisses politiques actuelles comme si les choses passagères étaient soudainement devenues vitales à nos yeux car nous croyons que « la figure de ce monde passe » (1 Co 7.31). La réfléxion sur la politique ne doit pas nous détourner de ce mot d’ordre : « Attachez-vous aux choses d’en haut et non à celles qui sont sur cette terre » (Col 3.1).

Nous appliquons sur la politique une lecture théologique qui nous a été laissé par la tradition protestante, faisant notre le mot de Théodore de Bèze : “J’appelle accessoire l’état des affaires qui ne passent les bornes de cette vie caduque et transitoire. J’appelle principale le gouvernement spirituel auquel reluit souverainement la providence de Dieu”.

Le 24 Octobre 2025, par l’auteur du blog