À la fin du mois de juin 2026, l’Alliance évangélique européenne publie une déclaration : « Les évangéliques européens dans la vie publique ». C’est un texte court qui se rapproche plus d’un communiqué à l’intention des décideurs politiques et des journalistes que d’une déclaration à proprement parler. En effet, cette déclaration ne fera pas date ; son contenu en lui-même est tout ce qu’il y a de plus banal concernant le rapport des évangéliques à la vie publique.

Le nom « évangélique » est devenu un label synonyme d’exclusion et d’extrémisme

L’AEE déplore que les journalistes et les politiciens européens assimilent les évangéliques à l’extrême droite, à cause de reportages tournés en Amérique du Nord. L’AEE déplore que le nom « évangélique » soit presque devenu, dans les médias, un label politique d’exclusion et de nationalisme faisant la promotion d’une fusion entre identité politique et religieuse. Elle rappelle à ce titre qu’il y a, dans notre espace public, des « voix politiques » intolérantes qui ont tendance à jeter la suspicion sur tous ceux qui seraient en désaccord avec elles. Le but de cette déclaration est donc de rectifier ce que sont les évangéliques, comment ils se présentent en leurs propres mots et quel est leur rapport à la vie publique.

La bonne nouvelle, la dignité humaine, la société

Le peuple de la Bonne Nouvelle : l’AEE fait bien de rappeler que les évangéliques ne sont ni une Église ni une dénomination. Des chrétiens « évangéliques » sont disséminés parmi toutes les Églises issues de la Réforme, et même au-delà. Ils revendiquent la tradition chrétienne sur ses deux mille ans d’existence et représentent aujourd’hui 20 à 25 millions de personnes en Europe.

Ce qui fait leur marque distinctive est leur compréhension de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, l’Évangile, qui, mis en pratique, consiste à servir Dieu et à aimer son prochain. La mission est essentielle pour les évangéliques ; l’AEE ici défend une vision « holistique » de la mission qui dépasse l’annonce de l’Évangile et inclut une approche sociale : « la promotion de la justice, la paix, la réconciliation, participer au bien commun et l’épanouissement de la société et de l’environnement ». La compréhension évangélique traditionnelle de la mission s’en tient à son aspect religieux : l’annonce de l’Évangile. Mais aujourd’hui, la tendance « holistique » représentée par le mouvement de Lausanne est effectivement majoritaire.

Ce peuple de la Bonne Nouvelle a une éthique qui affirme la dignité de l’être humain qui est imago Dei (image de Dieu). Ce qui inclut donc une préoccupation pour les plus fragiles sans distinction : les migrants, les marginaux, les pauvres, les handicapés, les enfants à naître, les personnes âgées, les victimes d’abus, les minorités religieuses, etc.

« Notre souci pour les personnes explique notre souci pour des relations saines, incluant donc le mariage et la famille. »

« Tout ceci n’est pas une idéologie politique, mais une éthique cohérente concernant la dignité humaine. »

Notre contribution à la société : Après avoir donné une liste de personnalités « évangéliques » ayant participé positivement dans l’Histoire à la vie publique européenne, l’AEE rappelle l’implication évangélique dans la société, dans l’humanitaire, lors des famines, l’aide aux sans-domicile et aux réfugiés, le soutien aux victimes des guerres, aux exploités, et dans la défense des droits humains. Chaque ligne renvoie à une bibliographie et des organisations.

« L’Histoire a appris aux évangéliques d’Europe les dangers qui surviennent lorsque l’Église et la politique deviennent trop étroitement associées.
Notre allégeance ultime est envers Dieu, et non envers un leader politique, un parti ou une nation. »

L’AEE rappelle que les évangéliques font la promotion de certaines vertues chrétiennes pour ceux qui chercheraient un engagement politique. Ces valeurs sont d’ailleurs inscrites dans un « code de conduite » :

Amour, humilité, vérité, paix, courage, sagesse, espoir.

Des vertus qui exigent :

  • « Du respect, de la civilité, de l’intégrité, le sens du sacrifice et de l’honnêteté.
  • Le respect de l’État de droit et de l’équilibre des pouvoirs.
  • De rejeter le recours à la violence, la menace ou la manipulation.
  • D’être capable de construire un dialogue plutôt que de polariser le débat et de diaboliser ses adversaires.
  • Respecter les droits de l’homme, ce qui inclut la défense de la liberté religieuse ou de croyance pour tous, et de protéger les plus vulnérables.
  • Se rappeler de l’imago Dei en chaque personne, et ce de manière pratique – par exemple en s’assurant que l’économie et la politique soient au service de l’humain et pas l’inverse. »

Ces valeurs ne sont pas l’exclusivité des évangéliques européens :

Contrairement aux impressions que donnent certains médias, l’attitude de l’Alliance Évangélique Européenne envers l’engagement public est partagée par la plupart des évangéliques des États-Unis d’Amérique : La National Association of Evangelicals est l’équivalent de l’Alliance Évangélique aux États-Unis d’Amérique.”

Les deux secrétaires généraux de l’AEE : Connie et Jann

L’AEE sur le Nationalisme chrétien : 

L’AEE rappelle que l’expression “Nationalisme chrétien” est utilisé de différentes manières : 

L’amour de la nation est une chose précieuse quand cet amour ne mène pas à haïr ou blesser les autres. Amener des idées chrétiennes dans les débats n’est pas une mauvaise chose, si les autres ont aussi la possibilité d’amener les leurs. Le Christianisme a eu autrefois une influence profonde et positive dans le développement des nations européennes. Cependant quand le “Nationalisme Chrétien” signifie la domination, la coercition, l’imposition, l’intolérance et l’exclusion, ou l’idée que le Christianisme doit s’aligner derrière une idéologie politique, ou de penser que “la fin justifie les moyens”, alors la grande majorité des Évangéliques en Europe le rejettent”. 

“Nous sommes alarmés lorsque le Christianisme (y compris les Évangéliques) sont instrumentalisés par des agendas politiques et partisans. Pire encore lorsque la foi est cooptée par des agendas nationalistes, xénophobes ou militaristes.

La Bible ne doit jamais être utilisée pour justifier des actes qui contredisent la vie, l’exemple et l’enseignement de Jésus.”

“Nous nous opposons à tout mouvement politique qui demande une loyauté absolue, qui sape l’équilibre des institutions démocratiques, qui méprise le droit international ou les lois humanitaires, ou qui menace quelque être humain que ce soit, ce qui inclut : les migrants, les prisonniers, les civils de nations dites “ennemies”, de groupes minoritaires, comme s’ils avaient perdu leur qualité d’être humains.”

Une invitation 

L’AEE invite les journalistes, les politiciens et les autorités publiques à comprendre les évangéliques d’Europe pour qui ils sont vraiment, et d’éviter toute caricature. 

“Les préjugés disparaissent quand les gens se rencontrent et cherchent à se comprendre”. 

Ils les encourageant à se rapprocher des institutions évangéliques nationales et des églises locales pour se faire un jugement personnel en allant directement à la source.

L’AEE invite aussi les évangéliques à continuer à prier et à servir tout en cherchant le bien commun dans la société à travers des actions de bienfaisance. 

“Continuons d’offrir une vision tournée vers l’avenir. Collaborons partout où nous pouvons avec le reste de l’Église au sens large et bien sûr avec le reste de la société. Persévérons, continuons d’assurer une présence fidèle dans toutes les sphères de la société. Continuons à partager l’amour et l’espoir de Jésus avec tous.“

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