Où sont les protestants ? Voilà la première question que je me pose en me levant en ce jour Anniversaire de la Loi 1905 en épluchant les journaux. Où est leur voix ? Dans quel désert crient-ils ? Je ne l’entends nulle part… 

Mais Dieu merci ! Les Francs-maçons sont fidèles au poste…

Merci aux francs-maçons !

C’est dans le Figaro p.15 qu’on peut lire dans un petit encart, un titre, enfin, faisant référence à la liberté de conscience : “Faut-il se résigner au crépuscule de la Liberté de conscience ?”. L’auteur ? Jean-Raphaël Notton, grand maître de la Grande Loge Nationale ! Du côté protestant, dans leurs journaux et leurs médias, on ne fait que parler de “Laïcité” à tout bout de champ. Ce sont les francs-maçons qui rappellent le sens profond de cette Loi : Les consciences des français et leur liberté de culte, émancipées des prédations idéologiques de l’État qui sera désormais neutre.

Mais très vite, le petit écrit du Grand Maître tourne au vinaigre, dans une sorte de salade aigre et belliciste contre les extrémismes religieux. Mais avant cela il aura quand même rappeler une bonne chose, l’incohérence dans une société qui passe son temps à parler Laïcité, de ne pas avoir de commémoration officielle de la Loi 1905. Parlons donc de commémoration : 

Qui en France célèbre et transmet la mémoire de cette Loi ?

Merci à la gauche !

D’abord le Grand Orient de France, qui fera le 13 une journée entière de festivité, diffusion de films, conférences, concerts, etc. Bien sûr, ils n’hésitent pas à faire la promotion de la libre pensée, et après tout c’est leur droit, la liberté de conscience paraît au programme mais pas la liberté de culte.

Ensuite, la gauche laïcarde héritière des anti-cléricaux. Ils étaient rassemblés Samedi dernier en grand nombre à la bourse du travail, dans une manifestation publique au cri humoristique de “À bas la calotte” (détail rapporté par Libération).

Le comble ! Les seuls à fêter publiquement l’anniversaire de la loi 1905, sont les anti-cléricaux contre qui la loi s’est faite en 1905. Car rappelons-le. La loi 1905 a été votée par une coalition entre la gauche modérée d’Aristide Briand, le centre et la droite. La centaine de députés radicaux qui voulaient une loi de contrôle de l’Église, votait systématiquement contre. Cette minorité anticléricale de gauche disait clairement qu’à ses yeux, par la Séparation de l’Église et de l’État c’est l’œuvre de la Révolution française qui s’achevait, et elle désespérait que l’autre gauche, porteuse du projet, ait abandonné cette conviction. Désormais la gauche “anticléricale” est devenue majoritaire à gauche et c’est elle qui fête l’anniversaire de la Loi 1905.

Sans surprise c’est donc dans un article de libération, dans l’édition d’aujourd’hui, qu’on lit le plus clairement la description du problème actuel concernant la Séparation, visible dès le titre : “Le Virage de la Loi Séparatisme” : “La loi de 2021 opère une modification de la philosophie générale de la loi de 1905. Ainsi pour constituer des associations cultuelles, il suffisait auparavant d’en faire la déclaration en préfecture. Elles sont désormais soumises à une autorisation préalable en préfecture. Elles sont désormais soumises à une autorisation préalable du préfet, un retour larvé d’une forme de reconnaissance par l’État.” Ce contrôle déjà assez strict est renforcé par le fait que les associations cultuelles doivent tous les cinq ans se soumettre à un examen préfectoral.”

Merci Libération ! Merci la gauche ! De parler pour les sans voix, de parler pour ceux qui n’ont pas de défenseurs. Comment en sommes nous arrivé au point où la liberté de culte est défendue par le journal Libération ?

Qu’en est-il du côté protestant ? 

Du côté protestant aucune commémoration officielle n’a été visiblement organisée. La FPF a bien cumulé le “dîner des protestants”, rendez-vous désormais incontournable, avec l’anniversaire de la loi 1905. En effet, la création de la FPF a lieu en 1905 car avant cette date les cultes protestants n’ont pas de forme juridique pour s’organiser librement, puisque les articles organiques (la loi du Concordat qui fait alors foi) impose une forme d’organisation aux églises protestantes, décidée par l’État. C’est donc à partir de 1905 que nous avons la possibilité de nous organiser librement.

Mais les articles du journal Réforme qui rapportent le déroulement de ce dîner ne rapportent aucun discours ou commémoration marquante concernant l’anniversaire de la Loi 1905.

Du côté protestant évangélique, le CNEF est aux abonnés absents. Il semble que l’engagement dans la cité prôné par le texte “phare” adopté en 2024 ne consistait pas à prendre position publiquement sur les 120 ans de la Liberté de Culte. En effet avant la loi 1905 les évangéliques étaient juridiquement des cultes non reconnus. Donc des cultes dont l’exercice était illégal. Certains pasteurs évangéliques à l’époque, notamment des baptistes, devaient recevoir une formation théologique et l’ordination des églises réformés, complices, pour pouvoir exercer. C’était par exemple le cas du pasteur breton Guillaume Lecoat qui fut formé théologiquement à la Sorbonne couvert par l’église réformée et reçu par la suite l’ordination tout en étant un baptiste, exerçant ensuite en étant rattaché officiellement à une église réformée située à plus 60 kilomètres de là où il exerçait. Ce n’est qu’à partir de 1905 que la loi nous octroie la liberté d’être et de nous rassembler sur le territoire.

Mais il semble que le CNEF a d’autres préoccupations qu’affirmer publiquement son attachement à la Liberté de culte. Mais Dieu merci, Libération est toujours là pour dénoncer le retour à demi-mot à une reconnaissance des cultes par l’État ! Une chose que le CNEF s’est gardé de faire depuis le 24 Août 2021.

Attention, il faut reconnaître qu’il y a bien eu au CNEF une prise de position récente dont il y a eu un petit écho dans l’espace public (en fait sur le net), du professeur d’Histoire de l’Église, Alexandre Antoine. Ce dernier affirma devant une représentante du bureau des cultes lors de la dernière Assemblée Générale du CNEF (?) qu’il fallait parler de “séparation de l’État et des religions”. Mais la portée de cette parole n’est pas claire ni dans sa signification ni dans sa portée, mais on sent qu’il y a un sous-entendu. Depuis la loi 1905 on parle de « cultes » et non pas de religions. D’ailleurs on attend toujours que le CNEF demande publiquement l’abrogation de la loi du 24 Août 2021, Confortant le Respect des principes Républicains, chose que la FPF a faite dès 2021.

Du côté des unions d’églises, aucune des unions présentes sur le territoire avant la loi 1905 : les réformés, les évangéliques libres (UEEL), les baptistes (FEEBF), n’ont annoncé publiquement de manifestations ou de commémorations, sauf erreur de ma part.

Dans les journaux protestants : 

Le journal Réforme a malgré tout consacré ses trois premières pages au sujet. Mais à nouveau, c’est le terme Laïcité qui prédomine à toutes les sauces… la liberté de culte, la liberté de conscience, la séparation, ne sont mentionnées qu’en passant.

L’article phare de ce numéro est un échange entre deux universitaires sous forme d’une “disputatio”. Valentine Zuber, protestante emblématique sur la Laïcité. Elle fait partie de la génération qui suit l’immense Jean Baubérot, et elle est désormais une figure qui fait autorité dans le domaine de la Laïcité. Elle renvoie la balle à Philippe Gaudin de l’IREL. Malheureusement dans cet échange censé être contradictoire, personne n’a défendu la liberté de culte et la liberté de conscience. Lorsqu’ils sont questionnés sur la loi du 24 Août 2021, la loi dite séparatisme, les deux sont du même avis : “On ne peut pas dire que cette loi soit contraire à l’esprit de la loi 1905” (Valentine Zuber).

Bien qu’attachée aux deux premiers articles de la loi (liberté de culte, de conscience et non reconnaissance des cultes), elle ne souhaite pas qu’ils deviennent constitutionnels. “Je ne pense pas non plus qu’il faille la constitutionnaliser, car cela figerait toute possibilité d’évolution”. (Ces propos sont tirés d’un entretien fait à l’oral et publiés dans le journal réforme du 4 Décembre)

Je rappelle à titre de comparaison qu’en Avril de cette même année, le Grand Maître du Grand Orient De France appelait à constitutionnaliser les deux premiers articles de la loi 1905…  Ce qui devrait être la position de tout protestant qui se respecte, évangélique ou non. Certains ont milité pour la constitutionnalisation du droit à l’IVG, mais se demandent si la liberté de conscience ou la liberté de culte doivent être constitutionnelle !

L’immuable rocher : Baubérot

Seul Jean Baubérot, pour ne pas changer, se distingue dans ce fatras d’articles où tout s’entremêle dans la confusion. Dans le journal Le Monde où il titre  “Une laïcité qui évite toute discrimination combat l’extrêmisme religieux”, il rappelle deux choses si simples : la nécessité d’une “liberté de conscience égale pour tous”; et “de supprimer de la loi dite séparatisme les dispositions contraires à la loi de … séparation.” 

Conclusion : où sont les protestants ? 

Où sont les protestants ? Où est leur voix ? Dans quel désert crient-ils ? La réponse je l’ais désormais …

Ils ne sont dans aucun désert. Ils ne crient pas. Ils sont au milieu de la foule en train de scander avec les autres les mêmes slogans : Laïcité et cohésion nationale. On attaque le libre exercice du culte et la liberté de conscience dans l’hémicycle, mais il faut compter sur Libération pour expliquer le retour de la reconnaissance des cultes dans un article de pleine page, le jour anniversaire de la Loi 1905.

La FPF organise un “dîner des protestants” où l’on est centré sur son identité, le CNEF pétris de ses complexes se tient fardé à la porte du ministère de l’intérieur, les unions d’églises ont abandonné toute mission mémorielle et historique en les reportant sur ces différentes instances représentatives, les universitaires réputés protestants sont plus conscient de leurs responsabilité envers la cité qu’envers l’Église, les médias protestants ne pensent plus et font du consensuel, les médias évangéliques sont devenus des gazettes du spirituel, les pasteurs se taisent… seul, un homme, un universitaire à la retraite, isolé garde ses positions… mais que peut-il faire, et qui représente-t-il, seul ?

La gauche anticléricale contre qui s’est faite un modèle de Séparation libérale est dors et déjà, la dernière à défendre la loi 1905 et à s’en approprier la mémoire. Si nos institutions ne prennent pas leur rôle à cœur pour s’approprier leur propre histoire sur le plan politique, si nos pasteurs n’ouvrent pas la bouche pour parler, selon la formule consacrée “la Bible dans une main le journal dans l’autre”, notre liberté religieuse dépendra demain de la bienveillance de la gauche laïcarde et des francs-maçons qui seuls auront bâtis une légitimité à en parler. À qui cela profitera-t-il ? À l’annonce de l’Évangile de Christ ? J’en doute.

Plus que jamais nous avons besoin de raviver au sein du protestantisme évangélique l’esprit qui nous animait autrefois et qui était attaché à la séparation de l’État et des cultes, à la liberté de conscience et à la liberté de culte. L’esprit qui anima Alexandre Vinet, chantre de la liberté de conscience en France dès 1823; César Malan, qui fut en 1844 le père des églises libres, donc séparées de l’État; et les églises baptistes anglaises qui furent en 1689 les premières (et seules) églises chrétiennes à affirmer comme un article de foi la liberté de conscience :  “Dieu seul est le Seigneur de la conscience, qu’il a laissée libre par rapport aux doctrines et aux commandements des hommes”… “exiger une foi implicite et une obéissance absolue et aveugle, c’est détruire la liberté de conscience et contrevenir à la raison”.

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